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  Nous verrons dans ce dossier, les problèmes de santé puis de sécurité générés par la nucléaire et en troisième lieu la synthèse d'une analyse de la CRIIRAD sur la centrale du Blayais.
 
  Santé :
   
 

Evaluation des dangers : Les rayons alpha (noyau d'hélium), bêta (électrons), gamma et X sont des rayons ionisants. (Chargé électriquement par gain ou perte d'électrons). Des rayonnements faibles mais continus sont plus dangereux que des rayons plus forts mais intermittents.

Echelle des effets :

  • 0.3 à 1 sievert (Sv) : fatigue, formule sanguine altérée,
  • 1 à 2.5 Sv : troubles sanguins, troubles digestifs,
  • 2,5 à 4 Sv : vomissement, vertiges, formule sanguine modifiée, destructions des barrières immunologiques,
  • 4 à 8 Sv : Mort de 50% des irradiés, Plus de 8 Sv : plus de 90% de morts.

Plutonium : Dangereux chimiquement comme métal lourd, sa radio-toxicité est importante. Les isotopes 239, 241 émettent des rayons alpha et de faibles radiations gamma. Le plutonium 239 dont la période est de 24100 ans est 250 000 fois plus nocif que l'uranium 238 (pour la même masse) et 39 00 fois plus nocif que l'uranium 235. Il s'agit d'un métal qui se propage facilement en aérosol, et peut donc être inhalé. La limite médicale de sécurité n'est que d'un millionième de grammes par m3 d'air. Le plutonium ingéré est vite éliminé par contre celui inhalé peut rester des années dans le corps et provoquer des cancers des poumons, du foie ou des os en entrant dans le sang. L'inhalation de 30 microgrammes de plutonium insoluble (oxyde…) provoque un cancer des poumons.
Le plutonium se transforme peu à peu en Américanium émetteur gamma extrêmement pénétrant.

L'uranium : UO2 ou U3O8, entraîne des lésions chimiques (métal lourd) au niveau rénal et artériel. Au niveau des inhalations, les rayons alpha provoquent des cancers. Sous forme d'oxyde il est très stable et reste longtemps dans le corps.

Le krypton 85 pénètre dans les voies respiratoires et se propage dans tout le corps.

Des radioéléments sont confondus par l'organisme avec des éléments stables :

  • - L'iode 131 se concentre dans les glandes thyroïdes à la place de l'iode 126 (stable), nécessaire à la synthèse des hormones thyroïdiennes. L'iode 131 est utilisé pour combattre le cancer de la thyroïde car ses radiations détruisent les cellules cancéreuses, mais quand la thyroïde n'est pas malade, son irradiation attaque les cellules saines et peuvent provoquer un cancer.
  • Le césium 137, confondu avec le potassium (et même capté préférentiellement par rapport au potassium), se concentre dans les muscles.
  • Le strontium 90, pris pour du calcium 40 stable se fixe sur les os car ils ont des caractéristiques chimiques semblables (même colonne Mendeleiev).

Durées d'éliminations

 
 

Le Radon : Gaz radioactif de période de 3.82 jours. Produit de filiation du radium 226, lui même généré de l'uranium 238, il est très abondant dans les " stériles " des mines d'uranium. Il est responsable de 37% des expositions. Il est contenu dans les déchets stériles (270 millions de tonnes en France, notamment près des mines du Limousin). Le Radon est considéré comme la deuxième cause de cancer du poumon aux Etats-Unis, où il causerait 7 000 à 30 000 décès par an (Quid 2001). Le radon se désintègre en descendants solides (polonium, bismuth et plomb) qui pénètre dans les poumons en émettant des rayons alpha. En 1997 dans son rapport confidentiel remis au gouvernement, l'IPSN (l'institut de Radio Protection et de Sûreté Nucléaire) écrit que " le risque lié au radon est du même ordre de grandeur que celui de l'amiante. Ce gaz radioactif cancérigène est responsable de quelques milliers de morts par an "

Le radon est un gaz lourd qui entre dans les maisons par le sol. Deux mesures sont préconisées, à savoir, assurer l'étanchéité des sols, veiller au passage des canalisations qui peuvent laisser passer le radon et assurer une bonne ventilation. On ne fait pas grand chose en France, parce que l'on ne se sent pas concerné, et l'existence d'une radioactivité naturelle permet de justifier la diffusion de grande quantité de radioactivité artificielle issus des mines d'uranium. (Le fait d'exploiter des mines d'uranium permet au radon qui était prisonnier des roches de se diffuser dans l'air de façon beaucoup plus importante).

La chaîne alimentaire : F est un facteur de concentration de radios éléments très faibles dans l'eau, mais on constate : Eau = 1 x F; phytoplancton = 10 ; zooplancton = 100 ; crustacé = 1000 ; poissons = 10000 à 50000 -> homme

L'industrie électronucléaire ne contribue actuellement en France que pour une partie à notre irradiation externe. Il est par contre à craindre qu'une partie même infime de la radioactivité énorme contenue dans les déchets radioactifs ne se retrouve dans l'environnement (notamment à partir des usines de retraitement) et que par le biais de la chaîne alimentaire, elle remonte jusqu'à l'homme et contribue à augmenter fortement notre irradiation interne.

La limite maximale définie concernant les effluents liquides et gazeux suppose la dilution dans l'environnement, or il n'y a pas dilution, mais regroupement par la chaîne alimentaire.

 

 

Les morts du nucléaire : "Recommandations du Comité Européen pour les Risques des Radiations (CERR) : Les effets sanitaires des expositions à de faibles doses de rayonnements ionisants à des fins de radioprotection. Edition 2003". Le CERR qui comprend également des spécialistes de pays extérieurs à l'Union Européenne, a développé une méthodologie qui remédie aux manquements bien connus de la Commission Internationale de Protection contre les Rayonnements (CIPR).

Le modèle de la CIPR a une base physique, datant d'avant la découverte de l'ADN. Comme tous ces modèles, elle est de nature mathématique, réductrice et simpliste. Ses valeurs, "doses", sont l'expression d'une énergie moyenne rapportée à l'unité de masse. Par analogie, un tel modèle ne ferait pas de distinction entre l'énergie moyenne transférée à une personne qui se chaufferait devant un feu de cheminée, et à une personne qui avalerait un morceau de charbon ardent. Dans ses applications aux problèmes en question, une exposition interne, à de faibles doses d'isotopes ou de particules, il a été utilisé de manière purement déductive.

La base d'application de la CIPR est la quantité de cancers et de leucémies, suite à l'exposition à une irradiation gamma externe, aigu, à haute dose, d'un grand nombre de personnes comme à Hiroshima. En plus de cela, d'autres arguments basés sur des moyennes, ont été utilisés pour affirmer qu'il existe une relation linéaire simple (dans le domaine des faibles doses) entre la dose et la quantité de cancers. Cette base "Linéaire Sans Seuil" (LNT), permet de calculer, de manière simple, les augmentations de cancers prévisibles, par rapport à chaque irradiation externe donnée.

En comparaison, la démarche de l'ECCR est de type inductive, du type "regarder par la fenêtre" ce qui se passe dans le monde réel. Il existe de nombreuses données sur des taux anormalement élevés de cancers et de leucémies dans des populations vivant à proximité de sites nucléaires, des usines de retraitement. Par ailleurs, des populations entières ont été exposées aux retombées des essais nucléaires en atmosphère, les personnes vivant sous le vent, près des sites nucléaires ainsi que les cohortes exposées suite à des accidents comme Tchernobyl, ou suite à leur travail dans l'industrie nucléaire civile ou militaire.

En rédigeant ses Recommandations, le Comité a tenu compte d'une série d'études épidémiologiques, montrant une augmentation de la morbidité et de la mortalité par cancers, associée à des rejets radioactifs, comme la corrélation entre les retombées mondiales des essais nucléaires et l'épidémie de cancers du sein actuelle. Il ne suit pas la CIPR, lorsqu'elle pense que la seule conséquence stochastique (aléatoire) de l'exposition aux rayonnements est le cancer. Des atteintes générales à la santé, une mortalité infantile, suite aux retombées globales des essais nucléaires en atmosphère.

En conséquence, le Comité a déterminé des facteurs de risques pour des catégories d'atteintes mesurables. Le Comité a développé des facteurs de pondération, afin de tenir compte des divers dangers, associés à différents types d'expositions. Les nouvelles pondérations, dites "facteur de danger biophysique" (Wj) et "facteur de danger lié à la biochimie de l'isotope" (Wk).

Le ECCR a appliqué les nouveaux facteurs de pondération Wj et Wk, aux données de l'IUNSCEAR pour la dose collective due à des retombées radioactives, y compris des essais nucléaires, jusqu'en 1989. L'impact total sur la santé humaine est calculé et comparé avec les données de la CIPR :

  • Total des morts par cancers : 61 619 512, (CIPR : 1 173 606),
  • Total des cancers : 123 239 024, (CIPR : 2 350 000),
  • Mortalité infantile : 1 600 000, (non prise en compte par la CIPR),
  • Mort fœtale : 1 880 000, (non prise en compte par la CIPR),
  • Perte de la qualité de vie : 10%, (non prise en compte par la CIPR).

Le Comité reconnaît le problème éthique posé par l'exposition de populations à des substances mutagènes sans qu'elles le sachent et sans qu'elles y consentent, et quand un grand nombre des personnes exposées (beaucoup d'entre elles n'étant pas encore nées), n'en tirent aucun bénéfice pour contrebalancer les atteintes à leur santé. C'est pourquoi le Comité s'est entouré de moralistes, juristes, environnementalistes et d'universitaires, spécialistes des attitudes sociales face au risque et à la construction de la connaissance. La publication des "Recommandations du Comité Européen sur les Risques des Rayonnements pour la Radioprotection, Effets sur la Santé de l'Exposition à de Faibles Doses de Rayonnements". Voir www.euradcom.org/ .

Lignes à hautes tensions : Lignes moyenne tension : > 20 000 V ; lignes hautes tensions : 45 000, 60 000 V et 90 000 V ; ligne à très hautes tensions : 225 000, 400 000 V et plus. Il y a en France environ 250 000 pylônes à hautes tensions et 95 000 km de ligne. En France, 360 000 personnes habitent à moins de 200 mètres de ligne HT et THT. L'énergie nucléaire par sa concentration (19 sites) et sa rigidité de fonctionnement nécessite un réseau de lignes à hautes tensions en France et en relation avec les pays voisins. Cette obligation doit être prise en compte dans le coût du nucléaire, et les problèmes de santé induits par les champ électrique. Le réacteur EPR à Flamavielle qui s'il entre un jour en fonctionnement, ne le fera pas avant 2018 et pourtant une ligne de 250 km a été construite en 2004 pour ce réacteur.

Transports de matériel radioactif : La CRIIRAD a pu détecter en 1998, près de Lyon " l'augmentation de flux gamma ambiants liés à l'approche d'un wagon de combustible usé à 40 mètres de distance ". Le règlement international pour le transport des Matières Dangereuses par les chemins de fer et l'arrêté RID de 1996 fixent des limites de débit de doses très élevées (jusqu'à 2000 micros sieverts par heure au contact de la surface du wagon ou du véhicule et 100 micros Sieverts à 2 mètres de distance. Il suffit de stationner 6 minutes à 2 mètres de ce type de véhicule pour dépasser le seuil du risque négligeable, 3 heures pour dépasser la contrainte de 300 micros Sieverts par an et 10 heures pour dépasser la dose maximale annuelle admissible.

La CRIIRAD a eu l'occasion de mesurer sur les quais voyageurs de la gare de Valognes (Manche) des débits de dose de 30 microSv/h (microSiverts) hors neutron alors qu'un wagon était en stationnement. Sur route il est donc important qu'en cas d'embouteillage, des voitures ne se trouvent pas trop près des camions.

 

 

Le Nucléaire Militaire

Les puissances nucléaires ont imposé les essais nucléaires à des populations minoritaires : Les Américains aux Micronésiens du pacifique puis aux Indiens Shoshone du Nevada ; les Soviétiques aux Kazakhs (site de Semipalatinsk) ; les Anglais aux aborigènes d'Australie ; les Français aux Touaregs (région de Reggane, puis aux Polynésiens (Atoll de Mururoa et de Fangataufa).

La France a fait 210 essais de 1960 à 1996, dont 45 essais atmosphériques. Les 17 premiers ont eut lieu en Algérie. Elle dispose d'environ 348 têtes nucléaires.

Les mêmes malformations que celles apparues après Hiroshima : enfant mort-né, ralentissement de la croissance, tumeurs du cerveau, leucémie, augmentation de fausses couches ont été constatées sur ces lieux. (Témoignage document de Greenpeace-Damoclès en 1990).

La justice française a franchi le 7 juin 2005 une étape importante dans la reconnaissance des préjudices subits par les militaires français présents sur les sites où des essais nucléaires ont été réalisés par l'armée. Un tribunal a reconnu en première instance que la maladie d'un vétéran était lié à son service sous les drapeaux et à accordé une indemnité.

   
  Sécurité et sureté
 

Risques des centrales 75% des accidents et incidents sont dus à des causes humaines, il en reste donc 25% dus au matériel (voir page "actualité" : l'accident en Suède).

Le matériel des installations nucléaires est soumis à des conditions très dures : contraintes de pression, températures élevées, variations thermiques, flux intenses de neutrons. Sous l'irradiation neutronique, l'acier des cuves se fragilise. Il peut devenir cassant en dessous de 90°. En 1999, le contrôle de 20 ans de la 1° tranche de Fessenheim a révélé une fissure de 5.7 mm sur 14 mm. De plus, les réacteurs prévus à l'origine pour 30 ans ont vu leurs vies prolongées par EDF à plus de 40 ans. Les centrales de Fessenheim et du Bugey ont en 2016 entre 36 et 49 ans.

Le transport est lui aussi un élément important. Chaque année, 300 000 colis de matière radioactives circulent en France.

Les autorités françaises ont donc défini des niveaux d'accident :

  1. Anomalie de fonctionnement
  2. Incident susceptible de développements ultérieurs
  3. Incident affectant la sûreté
  4. Accident sur l'installation 4 .
  5. Accidents présentant des risques pour l'extérieur
  6. Accident Majeur
 

Le facteur risque : La principale raison des initiatives d'arrêt du nucléaire est la pression sociale et politique. En particulier, le manque de culture de sûreté dans un pays très nucléarisé comme le Japon a choqué de nombreuses personnes dans le monde. Les installations japonaises ont subi au moins 3 accidents graves entre 2004 et 2010, et puis le 11 mars 2011 une véritable catastrohe à Fukushima. Catastrophe qui aura des conséquences pendant des milliers d'années.

Petit rappel des accidents qui ont précédé Fukushima :
- En mars 1997, un feu suivi d'une explosion à l'installation de bitumage des déchets de l'usine de retraitement de Tokaï-mura a entraîné une diffusion importante de radioactivité à l'extérieur du site. L'enquête a révélé que les travailleurs n'avaient pas reçus une formation adéquate pour leur tâche.
- En septembre 1999, une faute de manipulation dans une usine de conversion d'uranium sur le site de Tokaï-Mura a été à l'origine du plus grave accident nucléaire depuis Tchernobyl. Une réaction en chaîne incontrôlée s'est poursuivie pendant 18 heures dans un simple réservoir de précipitation. Il y a eut deux morts rapides par irradiation et 439 personnes contaminées dont 209 habitants des alentours.
- Le 9 août 2004, jour du 59° anniversaire de Nagasaki, un accident a eut lieu à la centrale nucléaire de Mihama, à 320 km à l'ouest de Tokyo. Il y a eut 5 morts et 6 blessés. Une fuite de vapeur à 280° s'est produite au niveau des turbines du réacteur n° 3, d'une puissance de 826 mégawatts. Un plan d'urgence a été mis en place pour secourir les victimes et sécuriser le système. Une enquête a été diligentée pour savoir si la fuite sur le circuit secondaire était chargé d'éléments radioactifs.
Le 25 juillet 2006 un grave accident a eut lieu cette foi-ci à la centrale de Forsmark (Voir page actualité).

Si de tels accidents peuvent arriver dans des pays high-tech, cela peut arriver ici et partout.

 

 

Risques sismiques : La centrale du Bugey n'est pas l'abri d'un tremblement de terre. En effet, en 1822, il y a eu le séisme de Bugey-Chautagne d'une magnitude 6,5. Le foyer était à 18,4 km de la centrale.
Le centre de Cadarache de la COGÉMA se trouve près de la grande faille de la Durance qui a subit des soubresauts de 5 à 5.5 sur l'échelle de Richter en 1509, 1708, 1812 et 1913. En 1909, un séisme de niveau 6 a détruit le village de Lambesc au nord d'Aix en Provence.

En 2002, 18 centrales ont été définies comme non respectant les normes physiques parasismiques. Dans beaucoup de cas, les cuves répondent aux normes sismiques, mais pas les bâtiments de commande. Or si ces bâtiments sont endommagés, le contrôle du réacteur devient aléatoire.

La responsabilité en cas d'accident : Le 29 juillet 1960, 16 pays européens signent " la Convention de Paris " qui définit la responsabilité objective et exclusive mais limitée en cas d'accident grave nucléaire. Cette responsabilité limitée, éviterait à l'industrie nucléaire un désastre financier.

La loi du 30 octobre 1968 entérine ces mesures dérogatoires aux droits communs de la responsabilité. Après la modification du 16 juin 1990, l'article 3 limite le montant de la responsabilité (indemnité des victimes) à 100 millions d' euros pour l'exploitant et 400 millions de francs pour l'Etat. Sommes dérisoire quand on sait que en 2001, 155 milliards d'euros ont déjà été dépensés pour limiter les conséquences de Tchernobyl. En 1988, Pierre Tanguy, inspecteur général pour la sûreté nucléaire à EDF à dit : " On ne peut pas exclure que dans les 10 ou 20 ans à venir, un accident civil grave ne se produise pas dans une de nos installations ".

Réponse à un accident : Une catastrophe nucléaire nécessite l'intervention urgente de centaines de travailleurs pour limiter l'ampleur du désastre. A Tchernobyl, l'ignorance du danger et la soumission au fort pouvoir ont permit d'envoyer assez de volontaires (800 000 liquidateurs). En Espagne en 1990 lors d'un accident de la centrale nucléaire de Vandellos, (réacteur français UNGG de 480 MW), les exploitants de la centrale se sont enfuis, laissant aux pompiers le soin d'assurer le repli.

En France, un plan d'urgence interne (PUI) est prévu ce cas d'accident survenant à l'intérieur du site. Un plan particulier d'intervention (PPI) à l'extérieur sera sous l'autorité du préfet. (Evacuation des personnes d'une zone prédéfinie, distribution de pastille d'iode…). Le centre technique de crise (CTC), situé à Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine) superviserait les estimations et mesures à prendre.

Le décret n° 86-1103 du 2 octobre 1986 indique : " Seuls des travailleurs volontaires (…) et figurant sur une liste préalablement établie de travailleurs spécialement informés sur le risque des expositions dépassant les limites peuvent participer à une intervention impliquant un exposition d'urgence ". Or, en France, la liste de volontaires prévue n'existe pas ! ! Que se passerait-il en cas d'accident grave ?

La prolifération : Comme nous l'avons indiqué précédemment, en France, 1200 sites contiennent des éléments radioactifs. L'Andra en découvre chaque année, ce qui veut dire, que des éléments forts dangereux se trouvent dans des lieux non définis. La situation de la France aujourd'hui n'est cependant pas la plus inquiétante. Celle de l'ancienne URSS l'est beaucoup plus. En effet, des rejets de déchets ont été faits en masse ces dernières années dans les mers et océans. Les sous-marins nucléaires soviétiques rouillent dans des ports du Nord et seront dans quelques années de véritables dangers. La contrebande de produit radioactif dans le but de construire des bombes " artisanales " représente un danger potentiel énorme.

Nous avons oublié très vite en Lorraine l'emplacement des mines de charbon, celles-ci nous reviennent en mémoire quand des maisons sont englouties dans les anciennes galeries. Saura-t-on se souvenir de l'emplacement de tous les dépôts de déchets nucléaires, les lieux d'enfouissement, les centrales dans 50, 100, 1000, 10 000, 100 000, 1 000 000 ans. Pourtant ces sites seront toujours dangereux et pour encore des centaines de milliers d'années.

   
 

Etude de l'impact radioécologique du CNPE du Blayais :

Suite à l'inondation du réacteur du Blayais en décembre 1999 qui est passé très près de la catastrophe, l'association Tchernoblaiye a demandé une enquête.

La Commission Local d'Information (CLI), auprès du Centre Nucléaire de Production d'Electricité (CNPE) a décidé de confier à la CRIIRAD une étude critique. Le montant de l'étude était de 24 382 Euros. Le 22 décembre 2000, le Conseil Général de la Gironde vote le financement de l'expertise.

Après un rappel technique, voici une courte synthèse du rapport expliquant la source des problèmes et les réponses aux quatre questions posées.

Rappel : Les réactions nucléaires qui ont lieu au sein du combustible donnent naissance à l'intérieur des crayons à des radio nucléides artificiels (produits de fission). Ceux qui sont sous forme gazeuse (gaz rares comme les isotopes du krypton et du xénon, ou les isotopes de l'iode (iode 131) se diffusent à travers les gaines des crayons et se retrouve dans l'eau du circuit primaire. D'autres produits de fission métallique parviennent aussi à traverser les gaines (Césium 137).

Les neutrons produits lors de la fission de l'uranium sont très pénétrants. Ils interagissent avec tous les matériaux présents dans la cuve du réacteur. Ces collisions (activations neutroniques) engendrent des substances radioactives appelés produit d'activation. Ainsi, une partie des atomes non radioactifs de bore et lithium ajouté à l'eau, d'oxygène et d'azote dissous dans l'eau, de nickel et de cobalt contenu dans les aciers, d'argent recouvrant les grappes de commandes se transforment en éléments radioactifs : tritium (1H3), carbone 14, cobalt 58, nickel 63, cobalt 60, argent 110…

Tous ces éléments radioactifs artificiels qui contaminent l'eau du circuit primaire se retrouveront dans les effluents liquides et gazeux de la centrale. Le fonctionnement de l'installation impose d'effectuer des mouvements d'eau, pour agir sur le taux de bore dissous qui permet de contrôler la réaction, lors de fuite, ou lors des rechargements.

 

1) Connaît-on précisément tous les radios nucléides rejetés par les centrales ? Les protocoles utilisés par EDF imposé par les autorités ne sont pas suffisamment pointus, pour identifier tous les radios nucléides présents. Notamment pour les radios nucléides qui n'émettent que des rayons bêta (émetteurs bêta purs). Le nickel 63 (période 100 ans) n'est mesuré que depuis 1994, le carbone 14 n'est pas mesuré du tout (période 5730 ans) alors qu'une fois rejeté dans l'environnement il va intégrer le cycle du carbone et se retrouver au cœur de nos cellules.

Suite à cela la CRIIRAD a donc tenté de reconstituer une liste de tous les radios nucléides présents dans le cœur du réacteur. Mais EDF ne semble pas disposer de toutes les informations nécessaires à la réalisation d'un inventaire exhaustif. Il est donc possible que des radios nucléides, produits de fissions ou d'activation soient rejetés par les centrales REP(réacteur à eau préssurisée))sans être comptabilisé ni déclaré correctement. La CRIIRAD demande que le dosage du carbone 14 soit obligatoire.

2) Comment ont évolué les rejets du CNPE depuis 1994 ? La limite des doses ajoutées par l'effet humain était de 15 000 microSv par an en 1952, il est de 1 000 microSv en 2000 (risque de 5 décès par cancers radio-induits pour 100 000 personnes). Il est à noter que les normes ci-dessus ne prennent pas en compte les autres effets sanitaires comme la morbidité, l'atteinte du système nerveux, digestif, cardio-vasculaire, les effets génétiques, etc.…

En 2002, la CRIIRAD n'a jamais pu obtenir des pouvoirs publics de documents justifiant les modalités de fixation des autorisations de rejets accordés aux centrales nucléaires. En 2000, les rejets déclarés par le CNPE du Blayais représentaient 32% des autorisations pour le tritium liquide. Entre 1994 et 2000, les rejets pour les autres gaz, allogènes gazeux et aérosols liquides hors tritium représentaient moins de 3%. Un tel décalage entre le niveau des autorisations réglementaires et les possibilités techniques de l'exploitant n'est pas satisfaisant et n'est pas une incitation forte à la réduction des rejets. De plus les gammes de radio nucléides prises en compte pour fixer les autorisations sont trop floues et peuvent gommer des évolutions importantes pour certains radionucléides particuliers.

Le carbone 14 dont les rejets ne sont pas mesurés par EDF peuvent être estimés à 39,5 GBq. Le tritium dont les rejets sont calculés par EDF atteignent 36 000 GBq en 2000. (Giga = 10 puissance 9 = 1 000 000 000 ) La CRIIRAD demande donc que les normes soient revues régulièrement à la baisse selon l'évolution technique et que les méthodes d'évaluation soient déterminées en présence du CLI (Commission Local d'Information).

3) EDF évalue-t-elle correctement l'exposition des riverains aux rayonnements ? Les calculs présentés par EDF sont issus de modèles de transferts très théoriques et en l'absence d'une comparaison modèle/mesures approfondie, ou de la réalisation de campagnes de mesures spécifiques dimensionnées pour tester les modèles. La non prise en compte des rejets de carbone 14 constitue une lacune frappante.

Il faut rappeler que les facteurs de dose de risque sont issus principalement des études réalisées sur les survivants d'Hiroshima et Nagasaki. Ils correspondent à une irradiation externe, intense et brève. Les populations riveraines d'une centrale sont quant à elles exposées à une irradiation externe et interne, chronique et à faible débit de dose.

EDF ne tient pas de tableau de synthèse des transports et des rayonnements diffusés vers le public. De plus la fiabilité des modèles de calcul de l'exposition des populations aux rejets chroniques n'est pas garantie par des confrontations modèle/mesures. Ces modèles doivent êtres revus. Etant donné que les convois de matières radioactives transitent par les domaines publics (route et voie ferrée), la CRIIRAD attire l'attention de la CLI sur le fait que les limites de dose des règlements sont trop élevées par rapport aux limites fondamentales de doses pour le public ou certain groupe de travailleurs non DATR.

Dans la mesure où plusieurs sources peuvent coexister, c'est à la somme de toutes ces contributions que doit être comparée la limite (1 000 microSv en 2001 = risque de 5 décès par cancers radio-induit pour 100 000 personnes). Dans la région de Bordeaux, il y a la centrale de Golfech, les activités de CESTA (expérience à l'uranium appauvri), la centrale du Blayais. L'exposition induite par la seule centrale du Blayais doit donc être comparée à une contrainte de dose. On peut rappeler que le CIPR insiste sur le fait que le risque persiste en dessous de la limite.

4) Le suivit radiologique de l'environnement est-il satisfaisant ? Pour le contrôle de l'air et des eaux de pluie, on peut s'étonner de l'absence de capteur à l'ouest de la centrale alors que ce secteur est sous influence. Les capteurs sont prévus pour des contrôles de poussière alors que 99.99% des radios nucléides sont sous forme de gaz. Les mesures effectuées par EDF sur le sol et dans les milieux aquatiques sont inadaptées pour détecter une éventuelle contamination aux tritium ou carbone 14 qui sont pourtant les principaux radionucléides rejetés après les gaz rares. Compte tenu des lacunes identifiées dans les plans de contrôle d'EDF et de l'ISPSN, la CRIIRAD recommande que la CLI fasse procéder à des expertises indépendantes directement pilotées par le bureau de la CLI.

Source : Trait d'union/CRIIRAD n. 25/26 page 32 et suivantes.