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A-1 : Fukushima, mars 2011, il y a cinq ans le 11 mars 2016

Le 11 mars 2011 à 14 h 46 (heure locale), un tremblement de terre et un tsunami avec des vagues de quatorze mètres ont dévasté une partie de la côte nord-est du Japon. Un séisme de magnitude 9 se produit à une centaine de kilomètres au large de Miyagi, dans le nord-est de l'archipel. Samedi 12 mars, a lieu la première explosion dans la centrale nucléaire de Fukushima n°1, à 220 km au nord-est de Tokyo. La première étape d'une catastrophe qui n'est toujours pas terminée.

L'état des réacteurs difficile à connaître :

Nous constatons une inexorable aggravation de la situation à la centrale nucléaire de Fukushima. L’évidence est que les barres de combustible ont totalement fondu puis coulé au fond des cuves des quatre réacteurs. Ce magma de haute radioactivité appelé « corium » est capable de conserver une chaleur intense pendant une centaine d’année. Le corium (magma résultant de la fusion des éléments du cœur d'un réacteur nucléaire, constitué du combustible nucléaire, des éléments de l'assemblage combustible et des divers éléments du cœur avec lesquels il rentre en contact.) se répand dans la partie basse des cuves et les réactions en chaine se succèdent. Pour la piscine du réacteur n°4, un consolidation de son soutènement avec des piliers en acier a été nécessaire très rapidement après le début de l'accident.

En décembre 2014, après 3 ans et demi de travail, il n'y a plus de combustible nucléaire usagé dans la piscine du réacteur numéro 4 de Fukushima. Cela réduit les risques de sur-accident en cas de nouveau seïsmes ou tsunami.

Alors que l'Autorité de Sûreté Nucléaire française déclarait : " L'injection d'eau douce dans les réacteurs 1 à 3 et les piscines d'entreposage du combustible 1 à 4 se poursuit en circuit ouvert. La sûreté ne peut être considérée comme stabilisée tant que cette situation persiste. ".

Une contamination très étendue …. qui va durer Les dernières mesures effectuées dans la ville de Fukushima, située à 60 kilomètres de la centrale, sont franchement inquiétantes. Les mesures de terrain et analyses de sol effectuées par le laboratoire de la CRIIRAD indiquent en juin 2011 que les retombées de césium 134 et 137 radioactif sont de plusieurs centaines de milliers de Bq/m2 : 490 000 Bq/m2 sur la pelouse de l'école primaire Moriai ; plus de 700 000 Bq/m2 dans le quartier Watari. Cette irradiation ne diminuera que très lentement. Elle est due en effet principalement au césium 137 et au césium 134 dont les périodes physiques sont longues (30 ans et 2 ans respectivement). Cela signifie que la radioactivité du césium 137 sera divisée par 2 dans 30 ans. On peut estimer que dans les douze mois à venir, la radioactivité du césium 134 ne sera abaissée que de 30 % et celle du césium 137 de 3%. Une très forte contamination au césium a été décelée dans de la viande de bœuf qui viendrait de la préfecture de Fukushima au Japon. Une alerte qui confirme que les zones les plus contaminées ne sont pas nécessairement dans la zone interdite des 20 km autour de la centrale accidentée. Cette contamination alimentaire vient s'ajouter à l'irradiation externe reçue par les habitants

La population est trop exposée aux radiations ! Rappelons que peu de temps après le début de l'accident, les autorités japonaises ont décidé de passer la limite d'exposition de la populatin de 1 milli Sieverts par an et par personne à 20 milli Sieverts, ce qui est une médhode scandaleuse pour soit-disant réduire la contamination. Les habitants de la ville de Fukushima pourraient subir dans les douze mois à venir une irradiation externe de plusieurs milliSieverts alors que la dose au-delà de laquelle le risque de cancer mortel est jugé inacceptable par la CIPR (Commission Internationale de Protection Radiologique) est de 1 milliSievert par an (ce qui correspond à 5 décès pour 100 000 personnes exposées). À la demande de citoyens japonais, l'ACRO (Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l'Ouest) a analysé les urines des enfants de Fukushima et les résultats sont sans ambiguïté : toutes les urines contiennent du césium 134 et césium 137 à des concentrations allant de 0,4 à 1,3 becquerel par litre. Cela signifie que ces enfants, âgés de 6 à 16 ans, sont tous contaminés en césium 134 et césium 137 et qu'ils l'ont probablement aussi été par d'autres éléments radioactifs à vie courte, comme l'iode 131 (ces derniers éléments disparaissent plus vite et ne sont donc déjà plus détectables mais ont générés des ionisations).

Les mesures prises par les pouvoirs publics ne sont pas à la hauteur Les autorités japonaises ont décidé, fin juin 2011, d'équiper 40 000 enfants de la région de Fukushima de dosimètres individuels. Ces dosimètres sont chargés de mesurer la dose de radioactivité reçue par les enfants durant leur journée d'école. Pas de prévenir ces doses, pas de les éviter…seulement de les mesurer. Le rayon de 20 kilomètres d'évacuation totale n'a toujours pas été modifié (Seules les personnes vivant dans cette zone seront indemnisées pour s'installer ailleurs. Dans les 10 kilomètres suivants, la population est sensée à la fois " rester confinée " et vivre normalement, envoyant les enfants à l'école, munis d'un dérisoire masque de papier et de leur dosimètre.

Il faudrait évacuer les populations sur un périmètre beaucoup plus large que la zone rouge actuelle qui est de 20 km. L'ensemble des aliments doivent être contrôlés et les mesures de radioactivité bien plus fréquentes. L'élargissement de la zone est essentiel, et l'évacuation des enfants et des femmes enceintes notamment est plus que nécessaire !

A-2 : Tchernobyl, il y aura 30 ans le 26 avril 2016

L'Organisation mondiale de la santé (OMS), liée de manière contractuelle depuis 1959 à l'AIEA (Agence Internationale de l'Energie Atomique) déclarait en 2005, lors d'un colloque un chiffre extravagant : il n'y aurait eu que 4000 morts liés à la catastrophe de Tchernobyl.

L'Académie des sciences de New York a consacré un numéro de ses annales 2010 à la catastrophe de Tchernobyl. Les effets sanitaires sont effrayants. L'analyse des travaux sur le terrain menés en Ukraine - lieu de la catastrophe-, en Biélorussie et en Russie - pays qui ont subi de plein fouet le retombées radioactives - donnent des chiffres beaucoup plus élevés: entre 600 000 et 900 000 vies perdues. Si l'on considère uniquement les liquidateurs, on comptait en 2010 près des 125 000 morts (sur les 830 000 personnes mobilisées). Les effets sanitaires observés sur le terrain sont encore mal connus.

L'ouvrage met en évidence toute une série de pathologies liées à la radioactivité qui n'est guère documenté dans la littérature officielle. Ils mettent en évidence l'ampleur des retombées radioactives: 10 milliards de curies, soit 200 fois plus qu'initialement prévu et 100 fois plus que les retombées générées par les bombes atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki. En étendant les conséquences à tous les pays touchés, Tchernobyl a provoqué en 2015 plus de 1,5 millions de morts.

B - Autres informations :

Vous trouverez sur cette page, quelques dernière nouvelles de l'éolienne, un rappel de l'alternative dont vous disposez pour vous approvionner en électricité avec Enercoop, quelques informations la faillite d'AREVA en 2014, sur les mines d'uranium au Niger, un article sur l'accident du 25 juillet 2006 en Suède , les révélations sur les dangers provoqués par les émmissions de légionelle par les tours de refroidissement des centrales nucléaires et enfin une synthèse de documents de la CRIIRAD sur l'affaire LITVINENKO et le polonium .

* Le stockage de l'énergie en masse existe depuis 30 ans : vous trouverez quelques détails sur cet élément sur la feuille " Alternative " avant le chapitre Eolienne.

* Déchets produits par l'EPR, beaucoup plus de dangers : Vous trouverez un article de janvier 2009 sur la feuille "Déchets".

1 - Eolienne :

Le France a démarré doucement, mais commence à augmenter sa puissance de crête en éolien : en 2001 : 94 MW, en 2004 : 393 MW, en 2007 : 2250 MW, en 2010 : 5764 MW, en 2012 : 7449MW, en 2014 : 9120 MW.

le 27 décembre 2014 le pic de production éolien a atteint une puissance de 7 000 MW, soit un facteur de charge de 80 % de la puissance de crête. Habituellement le facteur de charge se situe autour de 26 %.

Fin 2014, la puissance éolienne atteint dans le monde 369 600 MW contre 318 500 MW fin 2013 en puissance de pointe (multiplier par 26% pour avoir une puissance moyenne : 369600 x 26 % = 96 000 MW soit 106 réacteurs tel que ceux du Bugey de 900 MW).

2 - Enercoop :

Enercoop a été crée avec pour missions de développer les énergie renouvelables et la relocalisation de la production d'énergie, et comme métier d'offrir aux consommateurs une électricité verte à 100% sur tout le territoire français, et en Rhône alpes. ( http://rhone-alpes.enercoop.fr/ )

Le 01/07/2007, c'était l'ouverture du marché de l'électricité pour les particuliers. EDF a été séparé en 3 structures indépendantes : EDF fournisseur et producteurs soumis à la concurrence ; RTE (Réseau de Transport d'Electricité, responsable des lignes haute tension -service public) ; ERDF (Électricité Réseau de Distribution de France, responsable du réseau des lignes basse tension aux compteurs - service public).

Enercoop a commencer la distribution vers les entreprises en 2006, et depuis le 01/07/2007, l'ensemble des consommateur peut changer de fournisseur en contactant le producteur qu'ils ont choisi. La distribution se fera toujours par RTE et ERDF. Ce nouveau fournisseur s'occupera de contacter EDF pour faire le transfert de dossier.

La réversibilité : Depuis le décret du 21 janvier 2008, tout consommateur particulier peut revenir aux tarifs réglementés chez EDF au bout de 6 mois. Souscrire à une offre de marché n'engage plus le prochain locataire, puisque ce dernier peut souscrire dès son entrée aux tarifs réglementés, quel que soit le fournisseur du locataire précédent.

A le fin de l'année 2015, Enercoop compte 25 000 clients et 13 000 sociétaires, dont 4500 clients en Rhône Alpes. Un des objectif de Enercoop est de démontrer que l'on peut produire de l'électricité sans pétrole, sans gaz, sans charbon et sans nucléaire avec une entreprise viable. Cela est possible, puisque nous avons bientôt 10 ans de marche, mais il faut toujours que de nouveaux clients arrivent afin d'avoir un poid dans les discussions nationale. Participez à notre objectif de 150 000 clients en 2020.

La production de Enercoop est assuré par une trentaine de producteurs en France et des projets sont en cours.

Le prix : Particuliers / professionnels : Le surcoût en pourcentage et en valeur absolue pour les faibles consommations est moins significatif que pour les grosses consommations, le surcoût augmentant à mesure que le profil de consommation est important. Enercoop, produit de l'électricité verte à 100% mais ne bénéficie pas d'une aide de l'Etat français pour assurer un tarif réglementé inférieur au prix de revient comme le fait EDF. Ce tarif réglementé devrait prendre fin en 2016 pour les entreprises et plus tard pour les particuliers. Cependant la différence de prix diminue au fil des années. La part du prix venant de Enercoop n'a pas bougé depuis 2008. Je vous invite donc à consulter le site de Enercoop ( http://www.enercoop.fr ou http://rhone-alpes.enercoop.fr/) afin de voir les évaluations et devis possibles et ainsi nous rejoindre en tant que clients de Enercoop.

3 - AREVA une faillite scandaleuse :

Avril 2015 : 4,8 milliards d'euros de perte en 2014, 5,8 milliards d'euros de dettes, une action qui a perdu 90% de sa valeur de 2007 : Areva ne s'est jamais si mal portée. Cette quasi-faillite se dessinait depuis longtemps. Choix stratégiques désastreux, problèmes récurrents sur les chantiers des EPR normands et finlandais, achat irrationnel d'Uramin, cet ensemble de gisements d'uranium africain dont la valeur a dû être totalement dépréciée . Et la catastrophe de Fukushima n'a fait qu'accélérer le phénomène : les prévisions de commandes ambitieuses d'Areva ignoraient un déclin du nucléaire qui était déjà à l'œuvre bien avant 2011.

Ce sont plusieurs milliards d'euros d'argent public qui seront nécessaires à la remise à flots d'Areva, ce qu'une entreprise lourdement endettée comme EDF ne peut pas se permettre, et ce qui est une nouvelle erreur industrielle pour l'Etat qui choisit une nouvelle fois le nucléaire au détriment des renouvelables. Les travailleurs du nucléaire seront les premières victimes de la mégalomanie d'Areva. Il est question de 3000 à 4000 suppressions de postes parmi les salariés français d'Areva (et quid des sous-traitants ?). On peut légitimement s'interroger sur les impacts à venir sur la dégradation des conditions de travail et, in fine, sur la sûreté des installations. Il faut craindre que les économies qu'est censée réaliser Areva ne se traduisent par des économies sur la maintenance et favorise les conditions propices à une catastrophe !

Le gouvernement ferait mieux de préparer la reconversion complète d'Areva, en commençant par l'arrêt du retraitement à La Hague, opération dangereuse, coûteuse, polluante et inutile. La crise de la filière nucléaire est l'occasion d'engager un plan de sortie, en commençant par la fermeture dès maintenant des réacteurs vieillissants, ce qui éviterait de dépenser de 55 à 250 milliards dans le rafistolage des vieux réacteurs et permettrait d'investir largement dans les énergies renouvelables.

Pour éviter une catastrophe industrielle, l'État devrait dès maintenant préparer la reconversion de la filière nucléaire vers des structures industrielles destinées à gérer la mise en sécurité des montagnes de déchets, le démantèlement des réacteurs et installations nucléaires, les résidus miniers... et un plan de reconversion des travailleurs du nucléaire, en particulier dans les énergies renouvelables.

URANIM : Uramin est une start-up canadienne d'exploration minière de l'uranium, rachetée par Areva pour 1,8 milliard d'euros en 2007. Cet achat occasionne des pertes financières considérables pour Areva sur l'exercice 2012, et contribue en partie au limogeage de la présidente en exercice Anne Lauvergeon. Selon Areva, les propriétés d'UraMin contiennent des gisements d'uranium accessibles à des coûts élevés. Les propriétés d'UraMin sont localisés dans 5 pays d'Afrique[4] : Namibie en Centrafrique en Afrique du Sud au Sénégal au Niger. En 2014, aucun des gisements d'UraMin n'est entré en production.

Rappel historique : 2004 : création de Uramin Holding. Le 25 février 2005, la société Uramin Inc. est immatriculée dans les Iles Vierges Britanniques (paradis fiscal de l'archipel des Antilles britanniques). En 2006, Olivier Fric, consultant spécialiste des questions énergétiques et mari d'Anne Lauvergeon, transmet le curriculum vitæ d'un financier belge, Daniel Wouters, qui est ensuite embauché en avril chez Areva comme responsable du développement et des acquisitions de sa division mines.
Le 2 mai 2007, entre les deux tours de l'élection présidentielle de 2007, les responsables d'Areva ont passé un accord à Londres avec les vendeurs de la société Uramin pour fixer le calendrier de l'OPA18. La décision est prise sous l'autorité d'Anne Lauvergeon, avec à priori l'accord de l'Agence des participations de l'État.
En 2008, l'électricien chinois China Guangdong Nuclear Power Company (CGNPC), partenaire d'Areva, devait racheter 49 % d'UraMin, mais ce rachat n'a jamais eu lieu. En avril 2010, l'État actionnaire s'inquiète et demande à René Ricol (expert-comptable) de présider le comité d'audit au conseil de surveillance d'Areva pour éclaircir des comptes jugés peu transparents notamment concernant l'acquisition récente d'UraMin. Le 21 juin 2011, l'Assemblée nationale lance un audit financier d'EDF et d'Areva : elle doit notamment étudier les conditions du rachat d'Uramin. Le parlementaire Marc Goua s'est étonné qu'Areva n'ait pas détecté la surévaluation des ressources annoncées par UraMin.
Le 13 décembre 2011, Areva annonce qu'elle suspend ses investissements dans les projets d'exploitation de l'uranium à Ryst Kuil en Afrique du Sud et de la mine d'uranium de Trekkopje en Namibie. 2012 : Après avoir investi 1 milliard d'euros dans les infrastructures de la mine de Trekkopje - dont une usine de dessalement de l'eau de mer, Areva annonce la fermeture de cette mine par manque de rentabilité économique.
Le 4 avril 2014, l'expert en géopolitique Vincent Crouzet publie un roman intitulé Radioactif, dans lequel il développe une thèse selon laquelle des rétrocommissions ont été obtenues par Areva grâce au rachat d'Uramin29. Le 3 juin 2014, Vincent Crouzet est lui aussi entendu pendant sept heures par la brigade financière de Paris, en qualité de témoin. Il a la ferme conviction que cette affaire a été montée pour distribuer des sommes d'argent considérables à des hautes personnalités tant africaines que françaises[31].

Rappel du cours de l'uranium : En 2007, le prix spot de l'uranium connaissait un record historique (135 dollars la livre) en raison d'une " pénurie d'uranium qui pourrait frapper les centrales nucléaires à un horizon de trente à quarante années "[17], mais il passa rapidement en dessous de 100 dollars après l'acquisition d'UraMin, puis en dessous de 50 dollars à la suite de l'accident nucléaire de Fukushima.

4 - La France Nucléaire et l'uranium du Niger:

Témoignages édifiants d'Almoustapha ALHACEN, président de l'ONG nigérienne, Aghir in Man et par ailleurs salarié d'Areva (La situation d'Almoustapha ALHACEN est devenu très difficile, car avec un groupe d'une centaine de salariés d'AREVA, il a été licencié en juillet 2015 pour raison économique. Sa position de lanceur d'alerte n'est pas étrangère à ce licenciement). En France, pays riche nous utilisons un combustible nucléaire venant en grande partie du Niger.

Le Niger est le 2° pays producteur d'uranium du monde, pourtant il est aussi l'avant dernier pays dans le classement de l'ONU en terme de richesse ? Au Niger, on produit de l'Uranium (des filiales d'Areva), et pourtant seulement 10% de la population dispose de l'électricité ?

Les mines d'uranium exploitées depuis 1968 l'ont été en toute ignorance par la population, des risques dus aux métaux lourds et de la radioactivité. Devant le développement des cancers, des leucémies, des problèmes de grossesse qui se multiplient dans la population, l'association Aghir in Man s'inquiète et contacte en 2003 la CRIIRAD pour qu'une analyse soit faite sur le site des mines d'Arlit. Almoustapha ALHACEN et Bruno CHAREYRON nous rappellent que dès leur arrivée à la frontière nigérienne en décembre 2003, l'équipe de la CRIIRAD se voit soustraire tout son matériel d'analyse (sous la demande d'AREVA saura-t-on plus tard).

Il est important que l'on sache que le combustible des réacteurs français cause des dégâts énormes dans d'autres pays. Quelle sera la situation de ces sites lorsque les mines fermeront pour manque d'eau. Tout sera-t-il contaminé, les populations seront-elles laissées à l'abandon ? Les nouvelles mines qui vont êtres ouvertes au Niger le seront-elles dans des conditions aussi déplorables que celles qui sont exploitées actuellement ?

Rappel : Nous avons besoin en France d'environ 12 000 tonnes d'uranium pour faire marcher nos centrales. 3000 tonnes viennent du Niger, et notamment des sites d'Arlit et d'Akokan. Pour 3000 tonnes d'uranium il faut chaque année : 130 000 tonnes d'acide sulfurique par an pour extraire l'Uranium (100 kg par tonne de minerai traité), 12 000 tonnes d'explosif par an.
Pour alimenter en électricité les mines et les usines d'extraction il faut 85 % de la production de la centrale thermique de la SONICAR situé à 180 km au sud d'Arlit, qui consomme 160 000 tonnes de charbon par an. (Pollution atmosphérique visible à l'œil nu, dépôts de suies noire sur les végétaux et les sols, rejets de gaz à effet de serre).
Il faut aussi 13 millions de m3 d'eau par an pour laver les minerais d'uranium Cette eau est prise dans les nappes fossiles. Cette eau sert à laver les minerais mais aussi à boire aux 80 000 personnes qui vivent dans la ville d'Arlit, il y a donc de gros risque de contamination des ces nappes phréatiques, et certains puits de mines le sont déjà. Lorsque les mines fermeront, il n'y aura plus d'eau pour la population.

 

5 - Accident grave le 25 juillet 2006 en Suède :

Une étincelle suffit pour déclencher l'apocalypse nucléaire ! L'Europe est passée à deux doigts de la catastrophe nucléaire le 25 juillet 2006 à cause d'un court-circuit qui a provoqué le black-out d'un réacteur à Forsmark en Suède. Selon l'ancien responsable de cette centrale, " C'est l'événement le plus dangereux depuis Harrisburg et Tchernobyl ". Alors que la panne gravissime du réacteur suédois fait la UNE de la presse en Europe, on en a très peu entendu parler en France. Le Réseau " Sortir du nucléaire " apporte donc la lumière sur le plus grave événement lié à un réacteur nucléaire depuis l'explosion de Tchernobyl, il y a exactement 20 ans.

Le 25 juillet dernier à la centrale nucléaire de Forsmark (Suède) un court-circuit dans le réseau électrique extérieur de la centrale a provoqué la perte d'alimentation électrique du réacteur n°1. Le réacteur a alors été stoppé d'un seul coup en raison de la coupure de courant. Tous les écrans de la salle de contrôle se sont éteints simultanément : les opérateurs se sont retrouvés sans les commandes face à un réacteur incontrôlé et incontrôlable. Une seule solution pour éviter la fusion du coeur : mettre en route les quatre générateurs pour alimenter en électricité les pompes de refroidissement du réacteur. Mais aucun n'a démarré spontanément comme il aurait dû le faire dès qu'une panne de l'alimentation extérieure survient. Il semblerait que les batteries des générateurs aient été affectées par le court-circuit. Le cœur ne pouvant plus désormais évacuer sa chaleur, s'est échauffé [1], le niveau de l'eau dans le circuit primaire a baissé de deux mètres et la pression a dégringolé à 12 bars alors qu'elle doit se maintenir à 70 bars. Dans ces conditions l'accident majeur n'est plus qu'une question de minutes. Or il faudra 23 minutes à l'équipe en place pour finalement arriver à démarrer manuellement deux générateurs de secours. 23 minutes pendant lesquelles les opérateurs n'ont pas su si le réacteur était vraiment à l'arrêt et si leurs actions avaient les conséquences voulues [2]. Pourquoi seulement deux générateurs sur quatre ont-ils finalement démarré alors que les quatre générateurs étaient de même conception ? On l'ignore toujours. Que se serait-il passé si aucun des générateurs de secours n'avait fonctionné à Forsmark le 25 juillet 2006 ?

La première phase de la destruction du cœur, selon les Suédois, se serait produite 7 minutes plus tard et la fusion, dans l'heure qui aurait suivi, produisant un dégagement colossal de radioactivité qui se serait disséminée dans toute l'Europe. Une fois le processus de fusion du cœur entamé, l'explosion du réacteur risquait de se produire à n'importe quel moment [3]. Le réacteur de Forsmark est bien passé très très près de la catastrophe nucléaire. Un ancien responsable et constructeur du réacteur n°1 de Forsmark, Lars-Olov Höglund, confirme qu'il s'agissait bien d'un événement gravissime : " C'est un pur hasard si la fusion du cœur n'a pas eu lieu " a-t-il déclaré au journal suédois Svenska Dagablet. Faut-il rappeler que l'organisme de contrôle nucléaire américain, la NRC [5], estime que 50 % des scénarios menant à la fusion du cœur ont une seule et même cause : la coupure de courant du réacteur [6] ? Comme un défaut générique est très vraisemblablement à l'origine de la panne gravissime, l'organisme de contrôle nucléaire suédois a fermé préventivement trois réacteurs. L'Allemagne et la Finlande examinent de près chacun de leurs réacteurs nucléaires et la France, bien évidemment, ne fait rien, persuadée qu'elle est de son infaillibilité. Jusqu'à preuve du contraire, l'accident majeur nucléaire est possible en France en raison d'un court-circuit sur le réseau électrique. Oui, on risque l'accident nucléaire à cause d'un simple court-circuit. Non, les tenants de l'atome n'ont pas tout prévu. Preuve en est la déclaration de l'AIEA [8] rapportée en 2005 par l'exploitant du réacteur suédois : " La centrale nucléaire de Forsmark est une des plus sûres au monde et il devrait être possible de la faire fonctionner pendant encore 50 ans " [9]. Belle clairvoyance ! La technologie nucléaire est extrêmement fragile par essence parce qu'elle met en œuvre une infinité de procédés plus complexes les uns que les autres, rendant les sources d'accidents multiples et imprévisibles. Le nucléaire est par nature périlleux et ingérable. Forsmarks Kraftgrupp, propriétaire de la centrale de Forsmark, l'avait probablement oublié en affirmant en 2005 qu'" un réacteur nucléaire n'est en réalité qu'une bouilloire géante " [10]. La crise nucléaire de Forsmark montre clairement que les réacteurs russes RBMK ne sont pas les seuls à être dangereux mais que, bien au contraire, tous les réacteurs nucléaires sont menaçants même s'ils sont construits par une des nations les plus développées au monde, la Suède. Le nucléaire nous fait prendre des risques ahurissants sans pouvoir assurer notre sécurité.

Notes : [1] Même lorsqu'un réacteur nucléaire ne produit pas d'électricité, il faut continuer à le refroidir car des fissions nucléaires se poursuivent. A titre d'exemple, un réacteur de 1300 MW un mois après son arrêt produit encore 6 MW de puissance résiduelle. [2] Rapport préliminaire de l'organisme de sûreté nucléaire suédois concernant Forsmark 1 [3] Notamment due à l'émission d'hydrogène produit par l'oxydation du zirconium des gaines abritant le combustible quand le cœur fond. [5] Nuclear Regulatory Commission [6] HIRSCH, Helmut, Nuclear Reactor Hazards Report. p.121. [7] Direction Générale de la Sûreté Nucléaire et de la Radioprotection [8] Agence Internationale de l'Energie Atomique [9] http://www.forsmark.com/upload/277/eng_broschyr.pdf [10] Id.

 

6 -Les tours des centrales nucléaires émettent trop de légionelle

L'association Sortir du nucléaire alerte en juillet 2006, les riverains de plusieurs centrales nucléaires, estimant que ces installations présentent un risque sanitaire lié à des émissions de légionelles. L'organisation dit fonder son action sur un récent rapport (Le Monde du 23 juin 2006) de l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset) invitant EDF à revoir sa politique de contrôle des bactéries présentes dans les tours aéroréfrigérantes de ses centrales.

Sortir du nucléaire met en cause les autorités qui ont exclu les centrales nucléaires d'EDF de la réglementation commune. Les seuils au-delà desquels un réacteur serait arrêté sont 5 à 50 fois plus élevés que pour les autres installations industrielles - dont les usines thermiques d'EDF..

Cet argument n'a pas convaincu l'Afsset, dont les conclusions ont conduit l'ASN à demander à EDF, dans un courrier en date du 16 juin, "d'approfondir son analyse" sur ce point.

Les efforts d'EDF visant à réduire les concentrations de légionelles dans ses installations sont également montrés du doigt par Sortir du nucléaire. Sur la foi de documents administratifs de la préfecture d'Indre-et-Loire, l'association dénonce ainsi la présence de nitrites et de nitrates issus des traitements mis en oeuvre - généralement à base de chlore -, "jusqu'à 7 km en aval" de la centrale de Chinon par exemple.

7 - Affaire LITVINENKO et polonium :

La mort de Litvinenko fait penser à une roman d'espionnage de la Guerre Froide. Ancien membre des services de renseignements russe, Alexandre Litvinenlo est devenu collaborateur du M16 avant de mourir empoisonné au polonium en 2006.

La CRIIRAD dénonce le défaut de transparence des autorités, demande l'interdiction de la vente libre des sources de polonium 210 et la révision de la réglementation qui la permet.

A. Niveaux de contamination : opacité au Royaume-Uni, désinformation en France Les informations diffusées par les responsables britanniques ne comportent aucune donnée chiffrée sur les niveaux de contamination. Dans ces conditions, il est impossible de vérifier et de poser un diagnostic sur les niveaux de risques encourus par les personnes. Seules des appréciations subjectives type " traces de polonium ", " doses minimes ", " petites quantités de matière radioactive ", " risque faible ", etc ont été diffusées.

Le black-out est complet sur les chiffres de contaminations surfaciques (Bq/cm2), sur les activités massiques (Bq/kg), sur la forme physico-chimique sous laquelle se trouve le polonium, etc. Dans ces conditions, il est impossible de vérifier la cohérence des évaluations officielles, encore moins de poser un diagnostic sur les risques encourus.

Le polonium 210 est naturellement présent dans notre environnement : dans le sol son activité est de l'ordre de quelques dizaines de becquerels par kilogramme (Bq/Kg). Étant donné l'activité spécifique très élevée du polonium (166 milliards de Bq par milligramme), toute dispersion de quantités même infimes peut conduire à des contaminations très élevées. On serait certainement étonné par les niveaux d'activité réels que recouvre le terme de " traces de polonium ". "

En France, les commentaires des responsables présentent les mêmes travers qu'en 1986, au moment des retombées radioactives de Tchernobyl : volonté de minorer les risques, parfois jusqu'à la caricature, au mépris des bases scientifiques et des règles de radioprotection. Nous prendrons pour exemple deux interviews diffusées le 30/11/2006 : " Dans Le Figaro, celle de Patrick GOURMELON, directeur de la radioprotection de l'homme, au sein de l'organisme public d'expertise, l'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN), qui a notamment pour mission de fournir aux autorités françaises et à l'ASN les diagnostics nécessaires aux prises de décisions en matière de protection des populations. " Dans le quotidien 20 minutes, celle d'Anne FLÜRY-HÉRARD, présentée comme " spécialiste des effets de la radioactivité " au CEA (Fontenay-aux-Roses). L'intégralité des articles est disponible sur le site www.criirad.org (voir page Liens).

Nous limiterons la démonstration aux trois thèmes suivants : 1/ le temps nécessaire pour la disparition de la radioactivité : " le rayonnement radioactif du polonium réduit de moitié tous les 140 jours. D'ici un an il n'y aura donc quasiment plus de traces". Sans information sur les niveaux d'activité initiaux , on ne peut se prononcer sur le temps pendant lequel la radioactivité persistera. Sauf à vouloir rassurer sans aucune base scientifique, il est incorrect d'affirmer que la radioactivité aura disparu dans 138 jours ou dans 1 an. 1.1.

Quelques rappels concernant les différentes " périodes ". En radioprotection, on distingue 3 périodes : physique (ou radioactive), biologique et effective. Schématiquement : " la période physique est le temps au bout duquel l'activité d'un radionucléide donné a été divisée par 2. Pour le polonium 210, cette période est de 138 jours. Lors que des êtres vivants sont contaminés, deux autres périodes doivent être considérées : " la période biologique est le temps au bout duquel la moitié de la quantité d'un élément donné est éliminée de l'organisme par les voies naturelles . Pour le polonium, les organes cibles sont notamment le foie, les reins et la rate et la période biologique est estimée à 50 jours. " La période effective est la résultante des deux mécanismes d'élimination : physique et physiologique. Elle est donc nécessairement plus courte que les deux autres. Pour le polonium 210, elle est d'environ 37 jours. " Lorsque la personne est décédée, l'élimination physiologique n'intervient plus. L'activité du radionucléide présent dans l'organisme décroît en fonction de la seule période physique (cas désormais du corps d'Alexandre Litvinenko).

Dans l'environnement, l'activité du radionucléide décroît au seul rythme de la période physique. En revanche les atomes radioactifs sont facilement déplacés : phénomènes de dispersion (sous l'action du vent par exemple ou encore parce qu'une personne aura touché une surface contaminée et que des atomes radioactifs seront transférés de l'objet à sa peau) ou, au contraire, mécanismes de reconcentration (par exemple dans les filtres d'un appareil de ventilation).

Tout est fonction de l'activité initiale et du milieu considéré - Divisée par 2 en 1 période, soit 138 jours - Divisée par 4 en 2 périodes, soit 276 jours - Divisée par 1 000 (1024) en 10 périodes, soit 1 380 jours (3 ans et 10 mois). - (...) - Divisée par 1 000 000 (1 048 576) en 20 périodes, soit 2 760 jours (7 ans et 7 mois) - (...) - Divisée par 1 000 000 000 en 30 périodes, soit 4 140 jours (11 ans et 4 mois).

Depuis sa création, la CRIIRAD dénonce l'utilisation de la pseudo règle des 10 périodes au terme desquelles la radioactivité aura disparu. Ce raccourci erroné continue d'être présent non seulement dans les documents des pollueurs mais également dans les publications officielles et dans les médias. Au terme de 10 périodes, l'activité n'a pas forcément disparu. Elle est divisée par 1 000 environ ce qui peut être encore trés important selon la quantité initiale..

Les normes officielles de radioprotection, retiennent schématiquement deux types d'effets pour l'exposition aux rayonnements ionisants :
1/ les effets déterministes associés aux fortes doses qui apparaissent à partir d'un certain seuil et dont la gravité augmente avec la dose.
2/ les effets stochastiques qui sont considérés comme sans seuil : toute dose entraîne une augmentation de leur probabilité d'apparition et la probabilité augmente avec la dose. Il s'agit des leucémies et des cancers solides pour les personnes exposées (apparition après un délai dit temps de latence) et de la transmission d'anomalies génétiques à la descendance des personnes exposées (modification de l'ADN).

CIPR 60 (extraits) : recommandations de la Commission Internationale de Protection Radiologique qui datent de 1990 et servent de base aux actuelles réglementations européenne et française. Les effets biologiques des rayonnements ionisants (…) Le processus d'ionisation modifie obligatoirement les atomes, au moins provisoirement, et peut ainsi altérer la structure des molécules qui les contiennent (…). Si les molécules affectées se trouvent dans une cellule vivante, la cellule elle-même peut parfois être endommagée, soit directement si la molécule a un rôle crucial dans son fonctionnement, soit indirectement par suite d'une modification chimique dans les molécules voisines, par exemple, la production de radicaux libres. Parmi les différentes formes de dommages que le rayonnement peut causer dans les cellules, la plus importante est l'atteinte de l'ADN. Les dommages causés à l'ADN peuvent empêcher la survie ou la reproduction de la cellule mais ce dommage est fréquemment réparé par la cellule. Si la réparation n'est pas parfaite, elle peut aboutir à une cellule viable mais modifiée (…). Si suffisamment de cellules sont détruites dans un organe ou dans un tissu ou si elles ne peuvent pas se reproduire ou fonctionner normalement, il y aura une perte de fonction de l'organe, un effet que la Commission qualifie maintenant de " déterministe ". La perte de fonction devient plus grave au fur et à mesure que le nombre de cellules affectées augmente (…). Une cellule somatique modifiée peut encore garder sa capacité de reproduction et peut donner naissance à un clone de cellules modifiées qui peuvent finir par devenir un cancer. Une cellule germinale modifiée des gonades, ayant pour fonction de transmettre des informations génétiques aux descendants d'un individu exposé, peut transmettre des informations héréditaires incorrectes et causer des nuisances graves à certains des descendants. Ces effets somatiques et héréditaires qui peuvent avoir pour origine une seule cellule modifiée sont appelés effets stochastiques (…). "

Risques encourus par les personnes contaminées à des niveaux de dose moyens, faibles ou très faibles. Les effets des faibles doses de rayonnements sont beaucoup plus facile à nier puisqu'ils ne s'accompagnent d'aucun symptôme clinique et qu'il n'y a pas d'effets à court terme : le cancer radioinduit se déclarera après 10, 20, 30 ans ou plus. La dose n'augmente pas la gravité de l'effet (un cancer reste un cancer) mais sa probabilité d'apparition.

Depuis sa création, la CRIIRAD constate que les experts officiels français s'efforcent de minorer, voire même de nier catégoriquement, les effets des faibles et très faibles doses de rayonnement (cf. positions de Pierre Pellerin, de l'Académie des sciences et dans le cas présent de Mme FLÜRY-HÉRARD " (...) a priori, ces résidus de radioactivité sont absolument inoffensifs. Il faut ingérer une certaine quantité de polonium 210 (quelques millionièmes de grammes) pour qu'il soit toxique, ou y être exposé à très forte dose, comme c'est le cas dans les catastrophes nucléaires."

D'après Mme FLÜRY-HÉRARD, il n'y aurait pas de toxicité en deçà de " quelques millionièmes de grammes ", soit quelques microgrammes. Le pluriel étant utilisé, on peut en conclure qu'il faudrait au minium 2 microgrammes, soit une activité de 332 000 000 Bq (332 MBq).

A quelle dose de rayonnement correspond l'ingestion de 2 µg de polonium 210 ? Les coefficients de dose utilisés sont ceux retenus par la réglementation européenne et française, exprimés en Sv.Bq
- Jusqu'à 1 an : 2,6 . 10-5 soit pour 332 MBq une dose équivalente de 8 632 Sieverts. "
- De 1 à 2 ans : 8,8 . 10-6 soit pour 332 MBq une dose équivalente de 2 922 Sieverts.
- De 2 à 7 ans : 4,4 . 10-6 soit pour 332 MBq une dose équivalente de 1 461 Sieverts. "
- De 7 à 12 ans : 2,6 . 10-6 soit pour 332 MBq une dose équivalente de 863 Sieverts. "
- De 12 à 17 ans : 1,6 . 10-6 soit pour 332 MBq une dose équivalente de 531 Sieverts. "
- Adulte) : 1,2 . 10-6 soit pour 332 MBq une dose équivalente de 398 Sieverts.

Imaginons qu'une minuscule particule de polonium, soit un 1000ème de la quantité initiale de 2 µg (= 0,002 microgramme) se trouve sur la table du restaurant et est ingérée par inadvertance. Quelle dose recevrait : un enfant en bas âge recevrait : 2 µg x 10exp-3 = 332 000 Bq x 2,6 . 10exp-5 soit une dose équivalent de 8 630 mSv, soit plus de 8 000 fois la limite de risque cancérigène et génétique maximum " admissible " sur un an.

Un adulte recevrait : 2 µg x 10-3 = 332 000 Bq x 1,2 . 10exp-6 soit une dose équivalent de 398 mSv, soit près de 400 fois la limite de risque cancérigène et génétique maximum " admissible " sur un an.

Ces doses correspondent à des dépassements considérables de la limite annuelle de 1 mSv qui correspond non pas à une limite d'innocuité mais à un niveau de risque considéré comme maximum admissible !

Le polonium 210 est un émetteur alpha pur. Les risques sont donc considérés comme négligeables tant que les atomes radioactifs restent à l'extérieur de l'organisme. Vrai sauf si : 1/ le polonium est associé à d'autres radionucléides (notamment ses ascendants de la chaîne de l'uranium 238). Auquel cas, il faudrait alors prendre en compte l'émission de rayonnement bêta (cas du bismuth 210 et du plomb 210 par exemple). Compte tenu des difficultés de détection signalées, il n'y a probablement pas d'émetteur gamma significatif. 2/ l'association du polonium 210 et du béryllium 9 (un nucléide stable) qui constitue une source de neutrons. Étant donné l'importance des zones d'ombre du dossier, il est à ce stade impossible d'écarter totalement ces hypothèses.

Les risques de contamination (interne) Transfert des atomes radioactifs présents dans l'environnement à l'intérieur de l'organisme : incorporation d'une particule radioactive en suspension dans l'air par inhalation, incorporation d'une particule radioactive présente sur une surface par ingestion ou par passage à travers les lésions de la peau. Contrairement à ce qu'affirme le directeur de la radioprotection de l'homme à l'IRSN, des gestes très banals peuvent transformer cette contamination externe en contamination interne : manger un fruit, un sandwich, se ronger les ongles ou les cuticules, porter une mèche de cheveux à sa bouche, se lécher l'index pour tourner des pages, se toucher les lèvres puis se passer la langue dessus, etc. sans compter le transfert direct de la peau à l'intérieur de l'organisme au niveau des microlésions de la peau (égratignures, boutons, etc).

D'après ce spécialiste " le polonium ne sort du corps que par les urines ou les selles. " ce qui implique qu'" il faudrait coucher avec cette personne et avoir des jeux assez particuliers pour courir un risque ". Précisions à ce propos que les atomes radioactifs sont excrétés via les différents fluides corporels : urines, selles, transpiration, salive, mucus (et le cas échéant lait maternel). Les transferts - directs ou indirects - vers d'autres personnes s'opèrent évidemment plus facilement par les postillons ou la transpiration (ne pas imaginer liée à effort physique particulier, c'est un phénomène permanent) que par les urines ou les selles (sauf pour certaines catégories professionnelles comme le personnel médical).

B. Du polonium 210 en vente libre sur Internet

" Toute personne résidant aux États-unis et disposant de 69$ peut aller sur le site de la société United Nuclear Scientific Supplies, à l'adresse http://www.unitednuclear.com/isotopes.htm, et acheter une source de 3 700 becquerels (Bq) de polonium 210. Aucun justificatif n'est demandé, tout est fait pour faciliter l'achat. " La société précise que cette vente est légale puisque l'activité des sources radioactives en vente libre est inférieure aux seuils d'exemption fixés par la NRC (Nuclear Regulatory Commission) 2. Revoir d'urgence la réglementation " Cette situation n'est pas spécifique aux États-unis.

En France, et plus largement en Europe, le seuil d'exemption pour le polonium 210 est fixé, pour l'activité totale, à 10 000 Bq. Dès lors que l'activité d'une substance radioactive est inférieure à cette valeur, l'Administration française considère qu'aucune mesure de contrôle n'est nécessaire et qu'officiellement la substance ne doit plus être considérée comme radioactive. " La CRIIRAD dénonce depuis des années les valeurs retenues comme limite ainsi que l'interprétation que les services de contrôle font des textes réglementaires. En effet, l'ingestion de 10 000 Bq de polonium 210 entraîne des doses allant de 12 mSv (milliSieverts) (pour un adulte) à 260 mSv (pour un enfant en bas âge).

Or : 1/ la limite de dose correspondant au risque négligeable (et permettant d'après les règles de radioprotection d'exonérer des activités de tout contrôle) est de 0,01 mSv par an ;

2/ la limite maximale du risque cancérigène et mutagène est fixée à 1 mSv par an. Comment les autorités peuvent-elles exempter de contrôle, voire placer en vente libre, des substances radioactives de forte radiotoxicité, susceptible de délivrer des doses 10 fois à 300 fois supérieures à la limite maximale du risque ? Et ce dans l'hypothèse optimiste où une seule source est utilisée. Selon les quantités utilisées, on peut délivrer de fortes doses de rayonnements entraînant la manifestation rapide de symptômes caractéristiques et le décès (cas d'Alexandre Litvinenko) ou des doses moins élevées mais susceptibles de déclencher à plus ou moins long terme un cancer chez la personne contaminée. L'effet n'est pas immédiat mais l'impunité de l'assassinat est pratiquement garantie : quand le cancer sera détecté, toute trace de polonium aura disparu.

C. Revoir la situation des sites français contaminés par le polonium 210 " Les études conduites depuis 1990 par le laboratoire de la CRIIRAD autour des sites miniers et des usines d'extraction de l'uranium ont montré la contamination de l'environnement, et notamment des cours d'eau, par le polonium 210 et d'autres descendants très radiotoxiques de l'uranium. " Parmi les dysfonctionnements relevés de façon récurrente au cours de ces investigations de terrain et des études juridiques et documentaires qui les ont complétées, signalons que : 1/ en règle générale, ni le polonium 210, ni à défaut le plomb 210, n'étaient analysés. Ils étaient absents tant des tableaux de l'exploitant (Cogéma-Areva) que des rapports des services de contrôle ; 2/ de fait, malgré sa forte radiotoxicité, la contribution du polonium 210 n'était pratiquement jamais prise en compte pour l'évaluation des doses et par conséquent des risques. "

L'épisode le plus honteux de ce dossier est certainement l'avis rendu par le Conseil d'État le 11 décembre 1991 sur le régime juridique des stockages des résidus radioactifs. Il affirme que ni le polonium 210 (ni d'autres radionucléides comme le thorium 230, le radium 226, l'actinium 227...) ne doivent être pris en compte dans le calcul de l'activité de ces déchets radioactifs : seuls les isotopes de l'uranium doivent être retenus. Décision absurde sur le plan scientifique puisque les isotopes de l'uranium ne sont plus dans les résidus puisqu'ils ont été préalablement extraits ; décision grave sur le plan de la radioprotection puisque les radionucléides qui sont présents et dont l'existence est niée sont pour plusieurs d'entre eux des produits radioactifs dits de très forte radiotoxicité.

Conclusion La CRIIRAD souhaite que l'affaire LITVINENKO aie au moins pour conséquence positive une meilleure prise en compte de la dangerosité du polonium 210 avec notamment : " la révision à la baisse des seuils d'exemption, et pas seulement pour le polonium 210. " l'interdiction de la vente libre des sources radioactives en général et du polonium 210 en particulier [1]. La CRIIRAD appelle par ailleurs les citoyens à considérer avec méfiance les informations diffusées par les services officiels français en matière de nucléaire. En dépit des discours sur la transparence, le niveau de désinformation n'a pas décrû en France depuis 1986 et la catastrophe de Tchernobyl.

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